Economie fonctionnelle ou le partage des usages

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Vous pensez déménager dans un lieu durable, un lieu qui fasse sens. Vous pensez vous installer dans un écoquartier, dans un écovillage. Alors un des premiers réflexes logique sera sans doute d'envisager d'acheter un terrain, une maison ou toute forme de bien matériel, solide. En cas de pépin, vous pourrez revendre, avec si possible une plus-value!
Vous habitez dans un endroit un peu retiré, à la campagne, vous réfléchissez à comment organiser vos transports. Bien qu'il y ait des transports publics, c'est malgré tout difficile de se promener en famille, d'aller là où l'on veut. Utiliser les transports publics, les taxis, ou les voitures louées est relativement contraignant. Ainsi pour vous simplifier la vie, vous décidez d'acheter une voiture.

Il existe pourtant une alternative fondamentale à ce modèle de propriété privée, c'est l'économie fonctionnelle ou l'économie d'usage.

Quelques exemples


En matière d'habitat, on parle de coopératives d'habitations, c'est une approche non propriétaire, chacun accède à la ressource sans pour autant en être le propriétaire unique.
De même pour la voiture, il y a des organismes de partage de voitures ("car sharing").
Plus largement, le principe de l'économie fonctionnelle est celui du droit d'accès à une ressource, plutôt que celui de la possession exclusive de cette même ressource "rien que pour soi". Vous accédez à certains standards de confort à un prix avantageux sans pour autant posséder de manière individuelle les biens que vous utilisez. Vous abandonnez de cette manière le cercle vicieux qui en découle: spéculation, accumulation et génération d'inégalités.

Accéder aux ressources, sans les posséder

Voici quelques clés du succès de l'économie fonctionnelle:

  1. Lorsque je ne veux plus le bien dont j'ai l'usage, je le restitue à la communauté qui le réattribuera à des tiers. Ce n'est pas moi-même qui le donne à des amis, à des proches ou à des héritiers, mais la communauté qui choisit celui qui en a réellement besoin.
  2. Je suis dans un environnement où il y a de l'emploi pour tous ceux qui le méritent (voir méritocratie). Aussi, tout le monde peut accéder aux ressources de base, telles que le logement ou le transport.
  3. Il n'y a pas d'accumulation, donc pas de possibilité de créer une pénurie (source d'augmentation artificielle des prix). En conséquence, cela permet de limiter la tendance actuelle à la spéculation basée sur la pénurie organisée par certains marchés pour se refaire en temps de crise. On a pu voir ce phénomène spéculatif dans la crise alimentaire 2007-2008, avec une forte hausse du prix des denrées alimentaires de base, plongeant dans un état de crise les régions les plus pauvres du monde et causant une instabilité politique et des émeutes dans plusieurs pays.

Le microcrédit, l'auto-partage ou "car sharing", les coopératives d'habitation, les paniers de légumes en direct du producteur sont des expériences concrètes de cette économie émergente dite "fonctionnelle". Elle est encore peu connue mais elle est cependant très présente sur l'ensemble du globe. Le développement de l'économie fonctionnelle est un des indicateurs clés de la vitalité d'une économie communautaire.

Nombreux sont ceux qui ne croient pas en ce nouveau mode de fonctionnement.
Certains, parce qu'ils considèrent que c'est une "économie de riches", d'autres, au contraire, parce que c'est une "économie de pauvres". Pour la plupart, parce que c'est une économie qualifiée d'idéaliste, qui ne peut fonctionner qu'en marge de l'économie de marché. Le seul moyen de mener à bien une démarche d'économie fonctionnelle est d'en évaluer les résultats avec les critères de la culture libre. L'outil informatique apporte de précieuses fonctionnalités pour mener à bien cette évaluation, qui peut être collaborative et intégrer un grand nombre de données.


Vers un patrimoine social

Ceux qui critiquent ce système sont les mêmes qui rejettent la démarche dite de bien commun, un des aspects fondamentaux de l'économie fonctionnelle. Pourtant, ce sont les premiers qui courent demander de l'aide à l’État, garant du bien commun, lorsqu'ils sont en danger et risquent la faillite. Ils ne reconnaissent l'importance du bien commun que lorsqu'il leur assure le maintien de leur propriété individuelle.
L'économie fonctionnelle est avant tout un choix de société. Elle nécessite le dépassement de la propriété privée et du patrimoine. Elle défend l'idée de propriété collective. Les ressources et les biens sont à disposition de ceux qui en ont besoin. Les notions de propriété individuelle et patrimoine privé sont remplacées par celles de propriété collective et de patrimoine social.
Imaginons une société dans laquelle à la naissance, chaque individu ne possède rien en particulier mais possède tout ce qui a été produit par le passé et qui continue d'être produit dans le présent. Dans cette société, les inégalités n'existeraient pas.
La notion de propriété collective offre à tous la chance de répondre à ses besoins . Les bibliothèques sont communes, tous ont accès au savoir, les moyens de transport se partagent personne ne vit enclavé, le crédit est accessible à tous... Chacun peut donc entreprendre. L'économie d'usage ne contredit pas la liberté de rythme individuelle.
Cette évolution n'est possible que lorsque la communauté vit en confiance. Pour accepter les notions de patrimoine social et de propriété collective, il ne faut plus avoir peur de l'autre et considérer son voisin davantage comme un partenaire que comme un concurrent.

Le saviez-vous ?

Pendant plusieurs siècles, l'empire Inca a permis à plus de 20 millions d'âmes (en 1525) de développer une culture très riche et très vive, dans une dynamique économique sans propriété. A la naissance, les individus obtenaient un terrain qui était restitué à la communauté à leur mort. Ces millions de personnes vivaient sans avoir recours à la monnaie, ce qui ne limitait pas les échanges de biens et de services au quotidien. C'était déjà l'application des principes de l'économie fonctionnelle!