Les entrepreneurs sociaux

De Wiki ECOPOL

Devinette : quelle est la différence entre un entrepreneur social et un chef d'entreprise classique?
Il n'y en a qu'une : le premier ne peut espérer le moindre profit personnel à la revente de son entreprise!
Est-ce donc si grave? Pas vraiment lorsqu'on considère attentivement que la possibilité de générer un profit, pour soi ou des actionnaires, se paye souvent au prix fort : stress au travail, plan sociaux au détriment des salariés, risques multiples de faillite, bénéfice net souvent rare ou peu élevé pour les petits entrepreneurs. On comprend pourquoi beaucoup de chefs d'entreprise changent leur point de vue : certains préfèrent s'orienter vers une activité utile aux autres et durable, quitte à générer un salaire plus modeste, mais suffisant pour vivre.

Selon la définition couramment admise, les [entrepreneurs sociaux] sont des individus qui apportent des solutions nouvelles à des problèmes pressants de société. Ils identifient des approches innovantes pour résoudre des problèmes qui apparaissaient souvent comme insolubles. Ces entrepreneurs ont la capacité de concilier l’approche économique avec des objectifs sociaux. Cependant, cette capacité n'annule pas nécessairement la tension qui existe entre les objectifs sociaux et les objectifs économiques.
L'entrepreneuriat social désigne toute initiative privée dont la finalité sociale est supérieure ou égale à la finalité économique (lucrativité).
C'est le cas, par exemple, des entreprises détenues par des fondations(comme Victorinox, le célèbre fabricant de couteaux suisses, ou Weleda, fabricant suisse de cosmétique naturelle).

L'impact social plus que les retombées économiques...

Au fur et à mesure du développement de l'entrepreneuriat social, les acteurs ont été amenés à coopérer au sein de réseaux. "Lancée en Inde en 1980 par Bill Drayton qui a popularisé le terme d’entrepreneur social, Ashoka - organisation sans but lucratif, laïque et apolitique - est le plus grand réseau d’entrepreneurs sociaux existant. Son objectif est de faire émerger un monde où chacun est capable d’agir rapidement et efficacement pour répondre aux défis sociétaux ("Chacun peut être acteur de changement" - "Everyone can be a changemaker™").
"Le secteur social a besoin de structures équivalentes aux "fonds de capital-risque", capables d’identifier et d’accompagner les Entrepreneurs sociaux innovants pendant la phase de développement de leur activité". L’approche choisie par Ashoka est donc celle du "capital-risque philanthropique". Ashoka "investit" dans les entrepreneurs sociaux, qu’elle sélectionne pour leur projet innovant et leurs qualités entrepreneuriales, tout en attendant un "retour sur investissement" qui est social et non pas financier. Ce "retour" se calcule en fonction de l’augmentation de l’impact que les entrepreneurs sociaux ont sur la société. Source : ashoka.org

Agents du changement

Les entrepreneurs sociaux font figure de pionniers au sein de la famille des agents du changements (les change makers), qui incarnent la transition vers une économie nouvelle. Un agent de changement chevronné contribue au sein de l'entreprise à transformer le potentiel de l'entreprise en un véritable moteur de performance au quotidien, en intégrant la dimension humaine et du bien commun. Parmi les agents du changement, on trouve les managers de la complexité. Alors que les entrepreneurs sociaux sont souvent spécialisés dans un domaine ou concentrés sur une thématique, les complexity managers (voir plus le chapitre suivant) sont des généralistes de la gestion transversale sur tout type de problématique.

D'un autre côté, il existe les intrapreuneurs sociaux, des entrepreneurs sociaux "infiltrés" au sein même de leur entreprise. Leur mérite est d'essayer de faire évoluer les pratiques dans un contexte pas forcément très propice. D'une manière générale, l'intrapreneuriat permet à une grande entreprise de mieux saisir les opportunités face à une inertie aux causes multiples (freins administratifs, économiques, psychologiques...). L'intrapreneuriat social propose lui des innovations à but non (ou peu) lucratif. C'est par exemple le cas d'un cadre qui parvient à créer une section microfinance ou un fonds de dotation au sein d'une grande banque ou d'un grand groupe. Si les porteurs de projets peuvent être sincères dans leur engagement, l'entreprise, elle, peut se saisir de ces innovations pour redorer son image. Après le greenwashing, le risque de social washing n'est pas loin, mais l'intrapreneuriat social témoigne d'une évolution des pratiques ou tout au moins d'une prise de conscience.