Les netizens et la culture libre

De Wiki ECOPOL
Révision datée du 22 août 2013 à 00:34 par Pryska Ducoeurjoly (discussion | contributions) (ENCADRE Ne rejetez pas, soyez.)

Connaissez-vous un outil inventé par des militaires et utilisé aujourd'hui par les citoyens pour exercer leur liberté d'expression? Internet bien sûr ! Pour mémoire, internet a été imaginé par les militaires américains pour des questions de sécurité. Le concept : un réseau reposant sur un système décentralisé, afin de pouvoir fonctionner malgré la destruction d'une ou plusieurs machines. Ce système décentralisé permet aujourd'hui aux citoyens de trouver et de diffuser toutes les informations utiles... sans centre de contrôle, comme dans un grand bazar. C'est dans cet environnement de liberté qu'est apparue une nouvelle forme citoyenneté, la citoyenneté numérique incarnée par des internautes conscients des enjeux de la société numérique, les netizens.

Netizen est un mot-valise issu de la contraction anglaise de net (abréviation d'Internet) et de citizen (qui signifie citoyen). En 1992, l'universitaire américain, Michael Hauben, évoque ce mot et voit dans l'émergence d'Internet la possibilité accrue pour les internautes de s’engager ou d’intervenir dans les grandes questions du monde, de pouvoir se rendre utile au niveau planétaire.
Plus récemment, avec l’arrivée des réseaux sociaux, netizen a perdu son sens militant pour celui d’utilisateur éclairé du net, connecté à d’autres netizens qu'il s'est choisis.

Plus fondamentalement encore, un netizen, cybercitoyen ou netoyen, est un ange gardien de ce réseau de partage d'information. Les netizens contribuent consciemment à éviter qu'Internet ne soit récupéré par un pouvoir central. Un netizen s'engage pour le bien commun et l'équité des chances. Pour cela, il participe aux communautés des promoteurs de la culture Libre, telle que définie dès les années 1980 par quatre libertés fondamentales : libertés d'accéder, d'utiliser, de modifier et de redistribuer l'information. Grâce à l'arrivée d'internet, le monde voit émerger une nouvelle forme de conscience citoyenne qui a bien compris la puissance du partage des connaissances.

La culture du libre, la culture libre ou plus simplement le libre est un courant de pensée défendant notamment l'idée que les droits d'auteurs ne doivent pas porter atteinte aux libertés fondamentales du public. Dans un souci de défense du bien commun, elle agit en utilisant des licences libres, afin d'autoriser précisément les usages que les lois sur les droits d'auteurs proscrivent par défaut.
Il existe des communautés du Libre dans tous les domaines : plans d'architecture partagés pour des maisons durables et améliorés à chaque contribution, banques d'images (wikicommons), de musiques, de logiciels bien sûr (exemple : le fameux firefox ou la suite bureautique Libre Office), d'encyclopédies (Wikipedia), de recettes culinaires (marmiton.org), etc... </br> L'aspect le plus inspirant des netizens, c'est qu'ils ont compris qu'en partageant l'information, ils peuvent générer des revenus tout en refusant de miser sur le vieux modèle des droits d'auteurs exclusifs ou de la propriété intellectuelle. Ils se concentrent sur la vente du temps passé à fournir des services (conseils, adaptations, solutions sur mesure, formations à l'usage des méthodes décrites dans les informations partagées...). Et ça marche[1] !

L'information a plus de valeur lorsqu'on la partage...

Dans l'Europe médiévale, la connaissance était réservée à une minorité de privilégiés. Avec la découverte de l'imprimerie, au XVe siècle, tout s'accélère. Plus nombreux, moins coûteux, les livres font progressivement fait l'objet de traductions qui les rendent plus accessibles.
Le partage des connaissances trouve aujourd'hui dans Internet son média de prédilection. Avec le Web, ce sont toutes les classes sociales, toutes les nationalités, tous les âges qui peuvent avoir accès à une somme d'informations gratuites et infiniment étendues. La circulation des connaissances n'est plus contrôlée par un petit nombre d'érudits : elle est dynamisée par la masse des internautes, sans restriction.
Le numérique a révolutionné notre conception du savoir et du partage de l'information. Les encyclopédies telles que Wikipédia ou Ékopédia sont l'illustration parfaite de cette nouvelle compréhension du savoir : chacun peut en bénéficier et surtout y contribuer. Plus précise et exhaustive que jamais, l'information est universellement disponible. Et plus elle est partagée, relayée, rediffusée, commentée, plus elle est utilisée et prend de la valeur. Comme un sourire, qui a plus de valeur lorsqu'il est partagé, répercuté, mémorisé... Internet change donc la donne. L'irruption d'un environnement aussi innovant que le numérique a des répercussions multiples et fondamentales sur la société, sur notre vie quotidienne, et sur les transitions en cours.

La contribution permanente de netizens (par exemple les 100 000 contributeurs de Wikipedia pour 400 millions de pages vues par jour) a permis la mise en place spontanée d'un nouveau fonctionnement social, basé sur l'entraide et le partage, sur le nivellement des différences sociales et sur la relativisation des distances géographiques. Elle autorise un partage du savoir détaché des questions de religion, de couleur, de sexe, de nationalité ou encore de classe sociale.

À nouvel outil, nouvelles compétences. L'expertise technique qui permet d'éditer une page dans un wiki s'enrichit de la compétence sociale ainsi mise en œuvre, déployée dans un écosystème d'intelligence collective par interaction et confrontation de visions. Dans le même temps, le respect de règles d'éthique aide à prendre conscience de l'importance de chacune de nos actions.
La communauté du Libre fonctionne selon les principes suivant :

  • La citation des sources (ce que j'écris a été dit/écrit par untel)
  • La culture de l'hyper-objectivité (être au plus vrai, sans prendre parti)
  • La non-discrimination radicale (les mêmes droits pour tout le monde)
  • La certification par les pairs (je valide ce qui est fourni par un autre)
  • La hiérarchie de contributions, plutôt que la hiérarchie de statut
  • La culture de la modération, où chaque proposition peut être remise en question
  • La gestion citoyenne des bases de données, pour partager les patrimoines de connaissance
  • Les limites de l'autopromotion (faire sa propre pub)

Parmi les mots-clé de la citoyenneté numérique : culture du don, copyleft, slow info (information durable et non soumise au diktat de l'immédiat), coopétition (et non compétition), netiquette (règles de conduite et de politesse), sagesse des foules (culture wiki)...

Ne rejetez pas, soyez !

Voici une anecdote autour de Jello Biafra, chanteur, politicien et militant écologiste américain.
Lors d'une conférence, quelqu'un lui demande:
"Que pensez-vous d'Internet, vous qui dénoncez la globalisation sauvage et destructrice, par une minorité, abusant de la majorité?".
Il répondit:
"Ne rejetez pas le média, devenez le média".
Par extension, on peut dire:
"Ne rejetez pas Internet, devenez Internet".
Devenez les citoyens de cet environnement, dit numérique, dont les propriétés fondamentales, les fondements, les principes de fonctionnement sont profondément équitables, justes, durables, respectueux de l'environnement, de l'être humain et d'une économie basée sur l'équité des chances, sur l'éthique, et non sur la loi du plus fort.

Au delà des médias et d'Internet, on peut approfondir cet art de comprendre un écosystème jusqu'à l'incarner. Cette manière de percevoir les choses nous amène à évoquer la notion de gourous ou de dictateur bienveillant (voir notre article sur Les leaders bienveillants).
Parce qu'au sein d'un écovillage, d'une écoville, d'un réseau social, il y a nécessité de rester objectif, de garder les idées claires, de ne pas perdre le nord. Ne pas perdre le nord , c'est une des qualité du "gourou". Chacun peut devenir le gardien de la cohérence d'une communauté, celui qui sait où est le nord, qui réussit à se repérer, à s'orienter et à se mouvoir, de manière autonome, et de façon juste, en sachant en tous temps où il va.

Un mot sur la culture wiki

Le livre que vous êtes en train de lire est un "pur produit wiki"! Il a associé une cinquantaine de participants pendant les trente mois de sa co-rédaction. Le wiki est un type de plateforme web créée pour que tout le monde puisse y participer. Une trace des contributions de chacun reste visible et un système de contrôle participatif doté d'un outil d'alerte évite le vandalisme (destruction d'information, détournement d'idée, publicité déguisée). Les Wikis peuvent notamment servir à définir des notions et mots-clés comme dans une encyclopédie, mais leur usage est plus étendu encore. Il peut ainsi s'appliquer à un projet commun, comme l'élaboration d'une lettre, la diffusion d'une pétition, la rédaction d'un livre ou d'un mode d'emploi, l'écriture d'un manifeste ou d'un scénario.
Le wiki le plus connu est l'encyclopédie Wikipédia, lancée par la fondation Wikimédia, elle-même à l'origine de nombreux autres projets : images sous licence libre(Wikicommons), citations (Wikiquote), etc. Ce livre fait appel à ces nombreuses ressources.
Mais au fait, que veut dire le mot "wiki" ?
C'est un dérivé de l'adjectif hawaïen "wikiwiki", qui veut dire "rapide", mais pas au sens où nous l'entendons en premier (celui de la célérité), plutôt au sens de libre et passe-partout, simple et informel. En d'autres termes, une info wiki est aisément et directement accessible sans chemin prédéfini. La revue The Economist évoque le mot wiki comme acronyme de « What I Know Is » (littéralement : « Ce que je sais est » ou « Voici ce que je sais »).

Ces dernières années sont apparus de nombreux projets concurrents ou complémentaires de Wikipédia. Même s'ils ne bénéficient pas de la même notoriété, certains d'entre eux sont tout aussi intéressants et très utiles pour la culture participative et citoyenne qui se développe sur Internet. Parmi ces initiatives, Ekopédia est une des bases documentaires sur les pratiques durables.

Un conseil : partout où vous passerez, prenez le temps de lire les modes d'emploi. Le wiki est le royaume des chevaliers qui savent lire.

Parmi les netizens, on compte aussi les hackers

Les hackers et les crackers (hackers qui s'infiltrent dans les systèmes) représentent deux familles d'informaticiens très astucieux. Ils passent beaucoup de temps à s'« auto-former » aux programmes logiciels en démarrant souvent très jeunes, stimulés par la dimension ludique du numérique. Ils sont en majorité des promoteurs du logiciel libre, du partage du savoir et de la culture netizen.
Les fondements du hacking sont issus du célèbre Massachusetts Institute of Technologies (MIT), où un groupe d'étudiants en mathématiques travaillant au développement de l'informatique en 1960 a établi un code d'éthique du hacker à partir de l'observation des besoins de leur travail, notamment celui de partager le savoir pour améliorer les capacités de l'ordinateur. Cette éthique comprend 6 règles :

  • L'accès aux ordinateurs - et à tout ce qui peut nous apprendre comment le monde marche vraiment - devrait être illimité et total,
  • L'information devrait être libre et gratuite,
  • Méfiez-vous de l'autorité. Encouragez la décentralisation,
  • Les hackers devraient être jugés selon leurs œuvres, et non selon des critères qu'ils jugent factices comme la position, l'âge, la nationalité ou les diplômes,
  • On peut créer l'art et la beauté sur un ordinateur,
  • Les ordinateurs sont faits pour changer la vie.

Face à l'évolution de nos sociétés, deux nouvelles règles ont été ajoutées:

  • Ne jouez pas avec les données des autres,
  • Favorisez l'accès à l'information publique,protégez le droit à l'information privée.


Les hackers découvrent des astuces pour améliorer les logiciels, comme un jardinier qui embellit un parc grâce à son savoir-faire. Ils contribuent à régler des problèmes informatiques qui concernent souvent des millions d'internautes. Ils s'investissent sans compter leurs heures, parfois bénévolement, pour la beauté de l'acte et le plaisir d'avoir trouvé la solution au problème qu'ils ont identifié. Ils restent le plus souvent inconnus hors de leurs communautés virtuelles. La majorité appartient pourtant à une nouvelle espèce d'anges gardiens, qui facilite l'accès de tous au cyberespace.

Pour aller plus loin

L'émergence de ce nouveau mode d'expression civique est notamment décrite dans un livre participatif Citoyens du Net librement accessible sur www.netizen3.org. Ce livre est un complément au live Ecopol. Il documente les transitions en cours non pas dans le monde physique, mais dans la sphère des idées, du monde de l'esprit, dont Internet est la plus grande représentation. Le livre Citoyens du net permet de mieux cerner l'opportunité du numérique pour l'expression citoyenne. Il sert de fil rouge pour la politique de gestion de l'information dans les Ecopols.

Notes et références

  1. Voir cet article sur owni.fr, Les bonnes recettes du libre qui cite le parcours réussi de plusieurs artistes netizens.